Adjectifs à complément propositionnel et choix de la préposition
L’adjectif peut appeler un complément
Un adjectif ne se contente pas toujours de qualifier un nom. Certains adjectifs ouvrent une place à un complément qui précise à quoi s’applique l’évaluation, la disposition ou le jugement exprimé : capable de négocier, favorable à une révision, certain que l’accord tiendra. On parle alors de complément de l’adjectif.
Ce complément peut prendre plusieurs formes :
| Forme du complément | Exemple | Ce qu’elle apporte |
|---|---|---|
| groupe nominal prépositionnel | Le comité est favorable à cette modification. | une réalité, un projet ou une idée |
| infinitif prépositionnel | Le comité est prêt à modifier le texte. | un procès sans sujet exprimé |
| proposition introduite par que | Le comité est certain que le texte sera adopté. | un procès avec un verbe conjugué |
| proposition introduite par à ce que ou de ce que | Le comité est favorable à ce que le texte soit modifié. | une proposition qui conserve le régime prépositionnel de l’adjectif |
Le choix de la forme n’est pas décoratif : il dépend du régime de l’adjectif, du sujet auquel se rapporte l’action et du sens donné à la proposition.
Apprendre le régime avec l’adjectif
Devant un infinitif, la préposition est généralement imposée par l’usage. Il faut donc mémoriser l’adjectif avec sa construction, comme on le fait pour un verbe.
| Construction en à | Construction en de |
|---|---|
| apte à résoudre | capable de résoudre |
| disposé à négocier | désireux de négocier |
| prêt à intervenir | certain de réussir |
| enclin à minimiser | conscient de prendre un risque |
| réticent à répondre | heureux **d’**avoir participé |
La proximité de sens n’autorise pas à échanger les prépositions : on est apte à exercer une fonction, mais capable de l’exercer. De même, une personne est disposée à faire un compromis et désireuse de trouver un compromis.
Lorsque deux infinitifs dépendent du même adjectif, la reprise de la préposition rend la structure plus nette, surtout dans un texte élaboré :
- La délégation est prête à reprendre les discussions et à reformuler sa proposition.
- Les analystes sont capables d’identifier les biais et d’en mesurer les effets.
Un dictionnaire indique normalement le régime sous une forme comme apte à + infinitif ou capable de + infinitif. En cas d’hésitation, cette vérification est plus sûre qu’une analogie de sens.
Même sujet : l’infinitif est souvent le choix le plus économique
Le sujet non exprimé de l’infinitif est habituellement identifié grâce au sujet de l’adjectif. Dans Lina est heureuse d’avoir été retenue, c’est Lina qui a été retenue. Dans Les négociateurs sont prêts à reprendre les échanges, ce sont les négociateurs qui les reprendront.
Quand les deux procès ont le même sujet, l’infinitif évite donc une répétition lourde :
- Nous sommes certains d’avoir respecté la procédure.
- La rapporteuse est réticente à communiquer ces chiffres.
- Les responsables sont conscients d’avoir sous-estimé le délai.
Si l’action a un autre sujet, une proposition conjuguée permet de l’exprimer :
- Lina est heureuse que son équipe ait été retenue.
- Les négociateurs sont prêts à ce que les échanges reprennent.
- Nous sommes certains que le prestataire a respecté la procédure.
Cette opposition est une tendance structurante, non une règle purement mécanique. L’infinitif peut aussi recevoir un agent générique ou fourni par le contexte, comme dans Il est agréable de travailler ici. Il faut toujours demander : qui accomplit l’action de l’infinitif ?
Facile à comprendre et facile de comprendre
Avec des adjectifs comme facile, difficile, impossible ou agréable, l’alternance entre à et de correspond souvent à deux constructions différentes.
Dans la construction personnelle, le sujet de l’adjectif représente ce sur quoi porte l’action de l’infinitif :
- Ce rapport est difficile à résumer. → On résume le rapport.
- Cette objection est impossible à écarter. → On écarte l’objection.
- Le dispositif est agréable à utiliser. → On utilise le dispositif.
Dans la construction impersonnelle, il ne renvoie à aucun être précis ; le groupe infinitif fournit le contenu évalué :
- Il est difficile de résumer ce rapport.
- Il est impossible d’écarter cette objection.
- Il est agréable d’utiliser ce dispositif.
Les deux formulations peuvent décrire la même situation, mais elles n’organisent pas l’information de la même façon. Ce rapport est difficile à résumer place le rapport au premier plan ; Il est difficile de résumer ce rapport met l’accent sur l’opération entière.
La proposition en que et le mode verbal
Plusieurs adjectifs se construisent directement avec que, sans préposition. Le mode de la proposition dépend alors du sens de l’adjectif.
Les adjectifs qui présentent un contenu comme certain ou probable appellent normalement l’indicatif :
- Il est certain que la mesure produira des effets.
- Les experts sont convaincus que ces données sont fiables.
- Il est probable que le calendrier sera révisé.
Les adjectifs qui expriment une appréciation, une émotion, une nécessité ou une possibilité conduisent généralement au subjonctif :
- Il est essentiel que chacun puisse répondre.
- Nous sommes heureux que le dialogue reprenne.
- Il est regrettable que cette réserve n’ait pas été signalée.
La négation ou l’interrogation peut modifier la manière dont le locuteur assume la réalité du contenu : Je ne suis pas certain que cette solution soit viable. Le régime et le sens de l’adjectif doivent donc être examinés avant de choisir le mode ; la seule présence de que ne suffit pas.
À ce que, de ce que ou simplement que
Une proposition conjuguée conserve parfois la préposition sélectionnée par l’adjectif. On peut le voir en remplaçant la proposition par un nom :
- favorable à la révision → favorable à ce que le texte soit révisé ;
- hostile à la suppression → hostile à ce que l’article soit supprimé ;
- attentif au respect des délais → attentif à ce que les délais soient respectés.
La suite à ce que n’est donc pas une variante générale de que. On dit heureux que les échanges reprennent, et non heureux à ce que…, puisque heureux ne sélectionne pas à dans ce sens.
Avec de ce que, le contenu est souvent présenté comme un fait pris en considération, dans un registre plutôt soutenu :
- Les auteurs sont conscients de ce que cette hypothèse implique.
- Elle est satisfaite de ce que les garanties ont été renforcées.
Il faut distinguer cet emploi de la relative où ce que signifie « la chose que » : Elle est fière de ce qu’elle a accompli. Ici, ce que reprend l’objet d’accomplir ; il ne sert pas seulement à introduire un fait.
Choisir la construction en contexte
Pour construire ou réviser une phrase, on peut suivre quatre étapes :
- Identifier l’adjectif et vérifier son régime : apte à, capable de, favorable à.
- Déterminer qui accomplit le procès complémentaire.
- Choisir l’infinitif si son agent est récupérable, ou une proposition conjuguée s’il faut exprimer un autre sujet.
- Vérifier si le sens de l’adjectif appelle l’indicatif ou le subjonctif.
Un même dossier, trois points de vue
Comparez les formulations suivantes :
- La commission est prête à réexaminer le dossier : la commission réexaminera le dossier.
- La commission est favorable à ce que le dossier soit réexaminé : elle soutient ce réexamen, sans nécessairement l’effectuer elle-même.
- La commission est certaine que le dossier sera réexaminé : elle présente le réexamen comme prévisible.
Le bon complément ne dépend donc pas seulement du mot qui suit l’adjectif. Il articule trois informations : le régime lexical, l’agent du procès et le point de vue porté sur ce procès.
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Last updated July 20, 2026