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Chaînes de clitiques et restructuration avec plusieurs verbes

Découvrez où placer les pronoms clitiques comme le, lui, y ou en dans une phrase à plusieurs verbes, selon le verbe qu'ils complètent, niveau C1.

By the flumi team About 9 min read

Une phrase peut contenir plusieurs domaines verbaux

Dans une phrase à plusieurs verbes, un pronom clitique comme le, lui, y ou en ne se place pas simplement « devant le premier verbe ». Il se rattache au verbe dont il représente un complément. Chaque verbe conjugué ou infinitif peut ainsi constituer son propre domaine verbal.

Comparez :

Phrase Organisation
Elle le lui a expliqué. a expliqué forme un temps composé ; le lui précède l’auxiliaire.
Elle va le lui expliquer. le lui complète expliquer, non va.
Elle promet de le lui expliquer. la chaîne appartient à l’infinitif introduit par de.
Je la laisse le consulter. la représente la personne qu’on laisse agir ; le complète consulter.

On appelle restructuration le rapprochement syntaxique de plusieurs verbes qui se comportent, à certains égards, comme une unité. Le français actuel la manifeste surtout dans des constructions particulières, notamment avec faire et avec certains verbes de perception. Ailleurs, les clitiques restent généralement dans le domaine de l’infinitif qui les sélectionne.

Retrouver d’abord le complément représenté

Avant de placer un clitique, il faut rétablir le groupe qu’il remplace et identifier son verbe. Partons de deux phrases complètes :

  • Nous devons remettre le dossier aux experts.
  • Nous promettons aux experts de remettre le dossier demain.

Dans la première, les deux compléments dépendent de remettre : Nous devons le leur remettre. Dans la seconde, aux experts complète promettre, tandis que le dossier complète remettre : Nous leur promettons de le remettre demain. La place révèle donc la structure de la phrase.

À l’intérieur d’un même domaine, l’ordre ordinaire reste :

me, te, se, nous, vous → le, la, les → lui, leur → y → en

On obtient ainsi elle le lui transmet, nous nous y opposons ou il m’en parle. Toutes les combinaisons théoriques ne sont pas naturelles : on ne peut pas cumuler directement me et lui dans Il me lui présente. On dit Il me présente à lui. De même, au lieu de Je te leur recommande, on dira Je te recommande à eux. L’ordre ne change pas parce qu’un autre verbe précède.

Auxiliaire, modal et infinitif ne se comportent pas de la même manière

Avec un auxiliaire de conjugaison, le participe passé et l’auxiliaire appartiennent à la même forme verbale. Les clitiques se placent devant l’auxiliaire :

  • Elle le leur a transmis hier.
  • Nous nous en étions aperçus trop tard.
  • Il aurait fallu le leur signaler plus tôt.
  • Ils regrettent de ne pas le leur avoir signalé plus tôt.

Avec un verbe modal, aspectuel ou de mouvement suivi d’un infinitif, le français contemporain place normalement le clitique devant l’infinitif qu’il complète :

  • Elle va le leur transmettre.
  • Elle doit s’en charger.
  • Elle vient de le leur transmettre.
  • Elle commence à s’y opposer.

La tournure elle le doit transmettre, que l’on peut rencontrer dans des textes anciens ou dans des effets de style, n’est pas le modèle neutre actuel.

La négation confirme l’existence de domaines distincts : Elle ne veut pas le leur transmettre nie principalement sa volonté ; Elle veut ne pas le leur transmettre, formulation plus marquée, porte la négation sur la transmission. Dans Elle regrette de ne pas le leur avoir transmis, les clitiques précèdent l’auxiliaire de l’infinitif passé.

Avec faire, les clitiques remontent devant le causatif

Dans la construction faire + infinitif, les deux verbes forment un ensemble étroit. Un complément de l’infinitif pronominalisé se place devant faire :

  • Nous faisons réparer le serveur. → Nous le faisons réparer.
  • Nous faisons vérifier le serveur au prestataire. → Nous le lui faisons vérifier.
  • On fait entrer les témoins. → On les fait entrer.

Lorsque l’infinitif possède déjà un complément direct, la personne qui accomplit l’action est souvent introduite par à et reprise par lui ou leur : Le prestataire vérifie le serveur devient, dans la causative, Nous lui faisons vérifier le serveur. Avec les deux compléments pronominalisés, on obtient Nous le lui faisons vérifier.

À un temps composé, toute la chaîne précède l’auxiliaire du verbe faire : Nous le lui avons fait vérifier. Le participe fait reste invariable devant un infinitif ; cette question d’accord ne modifie pas la position des pronoms.

Avec faire suivi d’un verbe pronominal, le pronom réfléchi de l’infinitif disparaît lorsque la personne concernée est déjà reprise : Je fais asseoir Paul devient Je le fais asseoir, non Je le fais s’asseoir. Il faut aussi distinguer cette causative de la construction se faire + infinitif : Je me le fais expliquer ; Elle se l’est fait confirmer. Dans ce dernier exemple aussi, fait reste invariable.

Une chaîne courte peut être ambiguë hors contexte. Dans Je lui fais écrire une lettre, lui désigne normalement la personne qui écrit. Pour exprimer le destinataire de la lettre, il vaut mieux le nommer ou reformuler.

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1

Remplacez « ce point » et « à Léa » dans « Elle a expliqué ce point à Léa » :

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Avec laisser et les verbes de perception, la chaîne peut se partager

Les constructions avec laisser, voir, regarder, entendre ou sentir associent un procès principal à un infinitif. Un pronom qui reprend la personne perçue ou autorisée peut précéder le premier verbe, tandis que les compléments de l’infinitif restent auprès de celui-ci :

  • Je laisse Nora consulter le dossier. → Je la laisse le consulter.
  • J’entends l’experte expliquer ce point aux délégués. → Je **l’**entends le leur expliquer.
  • Nous regardons les enfants s’approcher du bassin. → Nous les regardons s’en approcher.

Ces phrases contiennent deux zones de clitiques. Dans Je la laisse le consulter, la ne représente pas l’objet consulté : il reprend Nora. Le pronom le, placé devant consulter, reprend le dossier. Regrouper mécaniquement les deux pronoms produirait une autre analyse, voire une phrase incorrecte.

À l’impératif affirmatif, la même distinction apparaît dans la ponctuation. Si le pronom complète l’impératif, il lui est relié par un trait d’union : Donne-le-lui. Les formes me et te y redeviennent toniques : Donne-le-moi, et non donne-le-me. S’il complète l’infinitif, il reste devant cet infinitif : Va le lui dire ; Laisse-la lui répondre.

À l’impératif négatif, la chaîne redevient préverbale et s’écrit sans trait d’union : Ne le lui donne pas ; Ne me le dis pas ; Ne la laisse pas lui répondre.

La norme écrite recommande donne-le-moi. Dans l’oral familier, on peut entendre donne-moi-le ou l’ellipse d’un clitique récupérable en contexte, par exemple Je vais te montrer pour Je vais te le montrer. Ces tours ne constituent pas le modèle attendu dans un écrit soigné.

La place du clitique indique sa portée

Déplacer un pronom peut changer le verbe auquel il se rattache et, par conséquent, le sens :

  • Je lui promets de transmettre le rapport. → Je fais une promesse à cette personne.
  • Je promets de lui transmettre le rapport. → Cette personne recevra le rapport.
  • Je leur demande de présenter la mesure. → La demande s’adresse à eux.
  • Je demande à pouvoir la leur présenter. → Je demande l’autorisation de leur présenter la mesure.

Dans une causative, la portée se réorganise encore : La direction veut la leur faire expliquer par une juriste. Les pronoms la et leur sont les compléments d’expliquer, mais ils précèdent faire ; l’ensemble causatif reste lui-même après veut. La restructuration est donc locale : elle ne fait pas remonter les clitiques devant n’importe quel verbe de la phrase.

Cette limite explique pourquoi on dit normalement Je veux le voir et non Je le veux voir, mais Je le fais voir au spécialiste. Dans le premier cas, vouloir conserve un infinitif autonome ; dans le second, faire voir constitue une causative.

Une méthode de vérification en cinq étapes

Pour analyser une chaîne complexe :

  1. Soulignez le verbe conjugué, les auxiliaires et chaque infinitif.
  2. Remplacez provisoirement chaque clitique par un groupe nominal complet.
  3. Demandez de quel verbe ce groupe est le complément.
  4. Vérifiez si la construction est ordinaire ou restructurée avec faire, laisser ou un verbe de perception.
  5. Placez les clitiques dans chaque domaine en respectant leur ordre interne.

Réduire une causative complexe

Prenons La direction veut faire expliquer la décision aux partenaires par une juriste. La décision et aux partenaires complètent expliquer ; la causative les fait remonter devant faire, mais pas devant veut : La direction veut la leur faire expliquer par une juriste.

Trois contrôles rapides permettent ensuite de relire la phrase : le pronom reprend-il un antécédent identifiable ? se trouve-t-il dans le domaine du bon verbe ? la chaîne suit-elle l’ordre le/la/les avant lui/leur ? Dans une phrase à plusieurs verbes, c’est l’analyse des relations qui commande la place, non la seule proximité graphique.

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Last updated October 14, 2026