Concordance des temps et repérage au subjonctif
Choisir le mode puis situer le procès
La concordance des temps organise les relations temporelles entre le verbe principal et le verbe subordonné. Avec le subjonctif, il faut résoudre deux questions distinctes :
- pourquoi la construction demande-t-elle le subjonctif ?
- le procès subordonné est-il simultané, postérieur ou antérieur au repère principal ?
Comparez :
- Je souhaite qu’elle vienne demain. → la venue est postérieure au souhait.
- Je regrette qu’elle soit partie hier. → le départ est antérieur au regret.
Le présent du subjonctif ne renvoie donc pas uniquement au présent chronologique. Il couvre couramment la simultanéité et la postériorité. Le passé du subjonctif présente surtout un procès antérieur ou déjà accompli par rapport à un repère.
Le système contemporain repose sur deux temps usuels
Dans la langue actuelle, le présent et le passé du subjonctif assurent l’essentiel du repérage.
| Relation temporelle | Temps usuel | Exemple |
|---|---|---|
| simultanéité | présent du subjonctif | Je doute qu’il soit disponible maintenant. |
| postériorité | présent du subjonctif | Je veux qu’il soit disponible demain. |
| antériorité | passé du subjonctif | Je regrette qu’il ait été absent hier. |
| accompli avant une borne | passé du subjonctif | Je veux qu’il ait terminé d’ici vendredi. |
La dernière phrase montre une propriété essentielle : malgré son nom, le passé du subjonctif peut viser un événement encore futur au moment où l’on parle. Ce qui compte est son accomplissement avant vendredi, non sa position absolue par rapport à aujourd’hui.
Un procès commencé auparavant mais toujours en cours reste au présent : Je suis heureuse qu’elle travaille ici depuis janvier. Le passé, qu’elle ait travaillé ici, présenterait plutôt cette période comme accomplie ou envisagée dans son bilan.
Une principale au passé ne force pas un subjonctif passé
En français contemporain, le présent du subjonctif reste courant après un verbe principal au passé. Le contexte situe alors le procès subordonné.
- Je craignais qu’il soit malade. → simultanéité avec la crainte passée.
- La directrice demanda que le rapport soit remis le lendemain. → postériorité par rapport à la demande.
- Nous voulions qu’elle puisse participer à la réunion suivante. → possibilité future depuis le repère passé.
- Je regrettais qu’il soit parti la veille. → antériorité marquée par le subjonctif passé.
Dans ces phrases, les formes soit, soit remis et puisse sont morphologiquement au présent, mais elles ne renvoient pas au présent du locuteur. Elles se règlent sur le moment de la crainte, de la demande ou de la volonté.
Ne choisissez pas le passé du subjonctif uniquement parce que le verbe principal est au passé. Elle voulait qu’il vienne le lendemain annonce une venue postérieure ; elle voulait qu’il soit venu présente la venue comme devant être déjà accomplie à un repère à préciser.
La concordance classique emploie deux temps littéraires
Dans le système traditionnel, une principale au passé appelle l’imparfait du subjonctif pour la simultanéité ou la postériorité, et le plus-que-parfait du subjonctif pour l’antériorité.
| Relation depuis un repère passé | Concordance classique | Usage contemporain courant |
|---|---|---|
| simultanéité | Il craignait qu’elle fût malade. | qu’elle soit malade |
| postériorité | Il voulait qu’elle vînt le lendemain. | qu’elle vienne le lendemain |
| antériorité | Il regrettait qu’elle fût partie la veille. | qu’elle soit partie la veille |
L’imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif appartiennent aujourd’hui surtout à la langue littéraire recherchée, historique ou parodique. Leur remplacement par le présent et le passé est admis, y compris après un verbe au passé ou au conditionnel : Il faudrait qu’elle vienne est la formulation neutre ; qu’elle vînt produit un effet nettement soutenu.
Ce remplacement modernise la forme sans changer la relation temporelle. Celle-ci reste portée par le verbe principal, le sens lexical et les repères comme la veille ou le lendemain.
Le subjonctif n’a ni futur ni futur antérieur usuels
Pour un procès futur non accompli, le français emploie le présent du subjonctif :
- Je crains qu’il pleuve demain.
- Nous exigerons que chacun soit présent lundi.
- Prévenez-moi avant que la séance commence.
Pour un résultat qui devra être acquis avant une échéance future, on emploie le passé du subjonctif :
- Je souhaite que vous ayez envoyé le dossier avant midi.
- Il faudra que l’équipe ait terminé lorsque les auditeurs arriveront.
- Nous veillerons à ce que chacun ait reçu une réponse avant la clôture.
Dans le dernier exemple, veiller à ce que présente une exigence à satisfaire. Un contrôle factuel se formulerait à l’indicatif : Nous vérifierons ensuite que chacun a reçu une réponse. Le choix du mode précède donc toujours celui du temps.
Le futur se lit grâce au contexte : demain, lundi, avant midi, ou le futur de la principale. La forme du subjonctif exprime surtout l’opposition entre procès non accompli et procès déjà accompli au repère pertinent.
Plusieurs repères peuvent coexister dans une même phrase
Un texte élaboré comporte souvent plus de deux moments. Il faut alors construire une petite chronologie :
- En 2025, la commission doutait que la mesure ait été appliquée en 2024. → antériorité.
- En 2025, la commission doutait que la mesure soit appliquée à ce moment-là. → simultanéité.
- En 2025, la commission doutait que la mesure soit appliquée en 2026. → postériorité.
Le présent soit appliquée couvre les deux dernières relations ; les compléments temporels les distinguent. Sans eux, la phrase peut rester ambiguë.
Les subordonnées emboîtées obéissent chacune à leur propre construction : La directrice demandait que le rapport soit prêt avant la réunion qu’elle tiendrait le lendemain. Soit dépend de demandait et du but recherché ; tiendrait est un futur dans le passé à l’indicatif, car la relative ne déclenche pas le subjonctif.
De même, la concordance du subjonctif ne s’applique pas à une conjonction qui exige un autre mode. On écrit après que le comité a voté à l’indicatif, mais avant que le comité vote au subjonctif.
Construire et vérifier une chronologie relative
Trois moments vus depuis le lundi
Lundi, la directrice se réjouissait que l’audit ait été achevé le vendredi précédent. Elle exigeait que le rapport soit prêt le mercredi suivant et craignait que l’équipe ne puisse répondre à temps.
- ait été achevé situe l’achèvement avant le repère du lundi ;
- soit prêt vise un état postérieur exigé pour le mercredi ;
- puisse présente comme incertaine la capacité de l’équipe dans la période à venir.
Dans une concordance classique, on aurait que l’audit eût été achevé, que le rapport fût prêt et que l’équipe ne pût répondre.
Pour choisir le temps du subjonctif :
- Fixez le moment exprimé par la principale.
- Situez le procès subordonné avant, pendant ou après ce moment.
- Choisissez le présent pour le simultané ou le postérieur non accompli.
- Choisissez le passé pour l’antérieur ou l’accompli avant une borne.
- Ajoutez un repère temporel si deux lectures restent possibles.
- Réservez l’imparfait et le plus-que-parfait aux contextes où le registre littéraire est intentionnel.
Une concordance réussie ne consiste pas à faire « reculer » tous les temps après un passé. Elle rend visibles les relations entre les événements, quel que soit le nom morphologique du temps employé.
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Last updated July 20, 2026