Imparfait et plus-que-parfait du subjonctif : reconnaissance et registre
Il fallait qu’il vînt et elle regrettait qu’il fût parti appartiennent à un système de concordance aujourd’hui rare. L’imparfait et le plus-que-parfait du subjonctif restent pourtant présents dans les œuvres littéraires, les textes anciens, certaines formules concessives et les pastiches.
L’objectif prioritaire est de les reconnaître, de comprendre leur rapport temporel et d’évaluer leur registre. Dans la plupart des écrits contemporains, le présent et le passé du subjonctif fournissent des formulations naturelles et pleinement correctes.
Situer ces temps dans le système
Le subjonctif possède traditionnellement quatre temps. Les deux temps simples s’opposent aux deux temps composés.
| Rapport temporel | Système courant | Système littéraire après un repère passé |
|---|---|---|
| simultanéité ou postériorité | Il voulait qu’elle vienne. | Il voulait qu’elle vînt. |
| antériorité accomplie | Il regrettait qu’elle soit partie. | Il regrettait qu’elle fût partie. |
L’imparfait du subjonctif ne décrit donc pas nécessairement une action longue ou habituelle. Son nom indique sa place dans la conjugaison ; dans la concordance traditionnelle, il peut renvoyer à une action simultanée ou future par rapport à une principale passée.
Le plus-que-parfait du subjonctif est un temps composé. Il situe normalement le procès avant le repère passé : le départ précède le regret dans il regrettait qu’elle fût partie.
Reconnaître l’imparfait du subjonctif
Les formes se répartissent en plusieurs séries reconnaissables : -asse, -isse, -usse et, pour venir et tenir, -insse. Les terminaisons personnelles comportent généralement -ss-, sauf à la troisième personne du singulier.
| Personne | parler | finir | venir |
|---|---|---|---|
| que je | parlasse | finisse | vinsse |
| que tu | parlasses | finisses | vinsses |
| qu’il / elle | parlât | finît | vînt |
| que nous | parlassions | finissions | vinssions |
| que vous | parlassiez | finissiez | vinssiez |
| qu’ils / elles | parlassent | finissent | vinssent |
À la troisième personne du singulier, la voyelle qui précède -t porte un accent circonflexe : qu’il parlât, finît, vînt, fût, eût, pût. Cet accent permet notamment de distinguer il fut au passé simple de qu’il fût à l’imparfait du subjonctif.
Pour lire un texte, mémorisez d’abord les formes fréquentes de troisième personne : fût (être), eût (avoir), vînt (venir), prît (prendre), fît (faire), pût (pouvoir), dût (devoir) et sût (savoir).
Former le plus-que-parfait du subjonctif
Le plus-que-parfait du subjonctif associe avoir ou être à l’imparfait du subjonctif et le participe passé du verbe.
| Auxiliaire | Construction | Exemple |
|---|---|---|
| avoir | eusse, eusses, eût, eussions, eussiez, eussent + participe | qu’ils eussent compris |
| être | fusse, fusses, fût, fussions, fussiez, fussent + participe | qu’elle fût venue |
| forme pronominale | pronom + être à l’imparfait du subjonctif + participe | qu’ils se fussent trompés |
Les accords suivent les règles habituelles des temps composés : qu’elles fussent arrivées ; les lettres qu’il eût écrites. À la voix passive, on peut rencontrer plusieurs éléments : Il fallait que la décision eût été annoncée. Ici, eût été forme le plus-que-parfait du subjonctif de être, puis annoncée construit le passif.
Ne confondez pas qu’il eût parlé, plus-que-parfait du subjonctif, et quand il eut parlé, passé antérieur de l’indicatif. L’accent, le mot introducteur et la structure de la phrase contribuent ensemble à l’analyse.
Comprendre la concordance traditionnelle
Dans le système classique, une principale au passé appelait l’imparfait du subjonctif pour la simultanéité ou la postériorité, et le plus-que-parfait pour l’antériorité.
Simultanéité : Le juge exigea que chacun gardât le silence.
Postériorité : Elle souhaitait que son fils revînt le lendemain.
Antériorité : Il regrettait que ses collègues eussent refusé l’accord.
Concession antérieure : Bien qu’elle eût prévu l’objection, elle hésita à répondre.
Ces temps ne déclenchent pas le subjonctif à eux seuls. Ce sont toujours la construction et le sens — volonté, sentiment, nécessité, concession, doute — qui sélectionnent le mode. La concordance choisit ensuite le temps à l’intérieur de ce mode.
Après un conditionnel présent, la langue soutenue pouvait également employer l’imparfait : Il faudrait qu’il vînt. Cette forme reste possible, mais il faudrait qu’il vienne est la solution ordinaire aujourd’hui.
Passer au système contemporain
Le français contemporain neutralise généralement l’opposition entre présent et imparfait du subjonctif. Il conserve en revanche l’opposition entre forme simple et forme composée pour exprimer le rapport chronologique.
- Elle voulait qu’il soit plus prudent remplace normalement qu’il fût plus prudent.
- Elle souhaitait qu’il revienne le lendemain remplace qu’il revînt.
- Elle regrettait qu’il soit parti remplace qu’il fût parti.
- Bien qu’il ait compris, il n’a rien répondu remplace, dans un récit courant, bien qu’il eût compris, il ne répondit rien.
Le passage au système actuel ne consiste pas à mettre mécaniquement tous les verbes au présent. Pour une action accomplie avant le repère, le subjonctif passé reste nécessaire : elle doutait qu’il ait reçu le message. La principale au passé n’impose plus à elle seule une forme littéraire.
Employer le présent ou le passé du subjonctif après une principale au passé n’est pas un relâchement fautif. Cet usage est admis dans la langue contemporaine, y compris dans la plupart des écrits soignés.
Identifier les survivances littéraires
Certaines formes subsistent dans des tours concessifs ou hypothétiques, souvent avec inversion du sujet.
- Fût-ce au prix d’un retard, nous vérifierons chaque donnée. → même si cela devait entraîner un retard ;
- Ne fût-ce que pour éviter un malentendu, il faut répondre. → au moins pour cette seule raison ;
- Dût-il protester, la règle sera appliquée. → même s’il devait protester ;
- Fussent-ils nombreux, ces exemples ne suffiraient pas. → même s’ils étaient nombreux ;
- N’eût été son intervention, le projet aurait échoué. → sans son intervention.
Ces expressions apparaissent encore dans l’essai, l’éloquence ou une prose volontairement soutenue. Elles ne signalent pas nécessairement un récit situé dans le passé : le temps participe ici à une construction concessive ou contrefactuelle lexicalisée.
Le plus-que-parfait du subjonctif peut aussi remplacer un conditionnel passé dans un style littéraire : Sans votre aide, il eût échoué pour il aurait échoué. Cette forme a été appelée conditionnel passé deuxième forme, mais elle reste morphologiquement un plus-que-parfait du subjonctif ; l’ancienne étiquette prête donc à confusion.
Mesurer l’effet de registre
Une occurrence isolée à la troisième personne peut créer une solennité discrète : encore fallait-il qu’il le sût. Une série à toutes les personnes attire beaucoup plus l’attention : il exigea que nous vinssions et que vous prissiez la parole. Selon le contexte, elle peut paraître érudite, archaïsante ou comique.
Dans un roman historique, un pastiche ou une traduction qui imite une langue ancienne, ces formes peuvent contribuer à la voix narrative. Dans un courriel professionnel, un article d’information ou un rapport, elles risquent de détourner l’attention du contenu. La cohérence compte davantage que la recherche d’une difficulté prestigieuse.
Évitez également le mélange décoratif : employer qu’il vînt dans une phrase dont tout le reste relève d’un registre familier produit souvent un décalage involontaire. Si vous choisissez la concordance traditionnelle, maintenez-la dans le passage concerné et vérifiez chaque forme.
Lire et réécrire sans contresens
Pour analyser une forme rare :
- repérez le mot introducteur et la construction qui demande le subjonctif ;
- identifiez la série morphologique : -asse, -isse, -usse ou -insse ;
- cherchez un auxiliaire eût/eussent ou fût/fussent suivi d’un participe ;
- situez le procès avant, pendant ou après le repère de la principale ;
- vérifiez s’il s’agit d’une formule concessive ou d’un emploi hypothétique autonome ;
- pour une réécriture actuelle, choisissez le subjonctif présent ou passé selon l’antériorité ;
- conservez la forme littéraire seulement si son effet de registre est pertinent et cohérent.
Reconnaître ces temps permet de lire la prose soutenue sans confondre mode, chronologie et style. Les employer reste un choix marqué, non une obligation pour écrire correctement au niveau C1.
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Last updated July 20, 2026