Phrases clivées, pseudo-clivées et focalisation
Focaliser, c’est désigner l’élément décisif
Une phrase neutre peut répondre à une question large : Nora a modifié le calendrier mardi. Une phrase clivée isole un constituant pour l’identifier, le corriger ou l’opposer à d’autres possibilités :
- C’est Nora qui a modifié le calendrier. → focus sur l’agent ;
- C’est le calendrier que Nora a modifié. → focus sur l’objet ;
- C’est mardi que Nora a modifié le calendrier. → focus sur le moment.
La structure comporte un présentatif, c’est X, suivi de qui ou que et du reste de la proposition. Le constituant X porte la focalisation ; le reste est généralement présenté comme accessible ou déjà en discussion. C’est Nora qui… répond ainsi naturellement à Qui a modifié le calendrier ?
La clivée produit souvent une lecture contrastive : Nora, et non Malik ; le calendrier, et non le budget ; mardi, et non jeudi. Cette exclusion peut rester implicite ou être rendue explicite par pas, seulement, surtout ou bien.
Qui met en relief le sujet, que met en relief un complément
Le relatif dépend de la fonction occupée par l’élément focalisé dans la phrase de départ.
| Fonction de X | Structure | Exemple |
|---|---|---|
| sujet | c’est X qui + verbe | C’est la directrice qui décidera. |
| complément direct | c’est X que + sujet + verbe | C’est ce scénario que nous retenons. |
| complément de temps ou de lieu | c’est X que + proposition | C’est demain que nous voterons. |
| complément prépositionnel | c’est + préposition + X que | C’est à cette question que je réponds. |
La préposition appartient au groupe focalisé et doit être conservée :
- Nous parlons de ce rapport. → C’est de ce rapport que nous parlons.
- Elle travaille avec cette équipe. → C’est **avec cette équipe qu’**elle travaille.
- Le vote aura lieu après le débat. → C’est après le débat que le vote aura lieu.
Avec un complément en de, une relative en dont est aussi possible dans une autre construction : C’est ce rapport dont nous parlons. En revanche, C’est de ce rapport dont nous parlons cumule deux fois la préposition de. On choisit de ce rapport que ou ce rapport dont.
La clivée règle la portée du contraste
La place de X indique précisément sur quoi porte la correction :
- Ce n’est pas Nora qui a modifié le calendrier, c’est Malik.
- Ce n’est pas le calendrier que Nora a modifié, c’est le budget.
- Ce n’est pas mardi que Nora est intervenue, c’est jeudi.
Des adverbes affinent la portée :
- C’est seulement après l’audit que la décision sera prise.
- C’est surtout la méthode qui suscite des critiques.
- C’est bien ce point que le rapport confirme.
Le présentatif peut s’accorder au pluriel dans l’écrit soigné : Ce sont les experts qui ont demandé un délai. La forme c’est les experts qui… est très fréquente à l’oral, mais elle reste plus familière. Avec les personnes du discours, on écrit C’est moi qui ai vérifié et C’est vous qui avez décidé : le verbe de la relative s’accorde avec l’élément focalisé, non avec ce.
Le temps de être dépend du cadrage : C’est hier qu’il est parti identifie le moment depuis le présent ; c’était le lendemain qu’il devait partir replace l’identification dans un récit passé.
La pseudo-clivée prépare puis révèle le focus
La pseudo-clivée répartit l’information en deux segments. Le premier ouvre une variable ; le second, introduit par c’est, lui donne une valeur :
- Ce qui manque, c’est un calendrier réaliste.
- Ce que je conteste, c’est la méthode de calcul.
- Ce dont nous avons besoin, c’est d’une méthode commune.
- Ce à quoi elle tient, c’est à la transparence.
Les formes ce qui, ce que, ce dont et ce à quoi correspondent à la fonction laissée ouverte dans le premier segment :
| Forme initiale | Relation reconstruite | Résolution |
|---|---|---|
| ce qui manque | quelque chose manque | c’est un calendrier |
| ce que je propose | je propose quelque chose | c’est un audit |
| ce dont nous discutons | nous discutons de quelque chose | c’est du financement |
| ce à quoi elle répond | elle répond à quelque chose | c’est à une objection |
Le focus peut être un nom, un infinitif ou une proposition entière : Ce qu’il faut, c’est agir ; Ce qui m’inquiète, c’est que personne ne réponde. Cette souplesse rend la pseudo-clivée utile pour annoncer une conclusion complexe.
Clivée et pseudo-clivée ne guident pas le lecteur de la même façon
La clivée place immédiatement le focus après c’est : C’est la méthode que je conteste. Elle convient à une réponse brève, une rectification ou un contraste net.
La pseudo-clivée commence par la relation connue ou problématique, puis en livre la résolution : Ce que je conteste, c’est la méthode. Elle crée un parcours en deux temps et peut préparer l’auditeur à une formulation longue : Ce que nous proposons, c’est de tester le dispositif pendant six mois avant toute généralisation.
Il existe aussi une pseudo-clivée inversée, fréquente dans l’argumentation et à l’oral : Une phase d’essai, c’est ce que nous proposons ; Davantage de transparence, c’est ce à quoi les citoyens aspirent. Le focus apparaît d’abord, puis la seconde partie explicite la relation.
La focalisation n’est pas toujours strictement exclusive. C’est Nora qui ouvre la séance peut simplement répondre à une question d’identification ; dans un contexte polémique, la même phrase suggère fortement « Nora, et personne d’autre ». Le contexte et l’intonation déterminent la force du contraste.
Ponctuation, accord et prépositions doivent rester visibles
Dans une clivée, on ne met pas de virgule entre X et qui ou que :
- C’est cette mesure qui pose problème.
- C’est cette mesure que le comité conteste.
La virgule séparerait X d’une relative explicative et changerait l’analyse : C’est cette mesure, qui avait pourtant été approuvée, que le comité conteste. Ici, la relative entre virgules ajoute une information secondaire ; la clivée entière se ferme plus loin avec que.
Dans une pseudo-clivée, une virgule marque normalement la frontière entre la variable et sa résolution : Ce qui pose problème, c’est cette mesure.
Les erreurs les plus fréquentes concernent la fonction :
- C’est à Léa que je parle, non c’est Léa que je parle ;
- C’est mardi que nous partons, non c’est mardi où nous partons ;
- Ce dont nous avons besoin, c’est d’une garantie ;
- Ce à quoi nous répondons, c’est à cette objection.
Ne choisissez pas qui parce que X désigne une personne. Choisissez-le seulement si X est le sujet du verbe : C’est Léa qui répond, mais C’est à Léa que je réponds.
Construire une progression focalisée
Trois foyers dans un même argument
Phrase neutre : Le manque de données ralentit l’évaluation, l’équipe a besoin d’un échantillon comparatif et elle décidera après l’audit.
Progression focalisée : *C’est le manque de données qui ralentit l’évaluation. Ce dont l’équipe a besoin, c’est d’un échantillon comparatif. C’est **seulement après l’audit qu’*elle décidera.
- la première clivée identifie la cause ;
- la pseudo-clivée prépare puis nomme le besoin ;
- la dernière clivée limite le moment de la décision.
Pour choisir une structure :
- partez de la phrase neutre et repérez la fonction de l’élément à focaliser ;
- utilisez c’est X qui/que pour une identification ou une correction immédiate ;
- utilisez ce qui/que/dont/à quoi…, c’est X pour préparer une résolution ;
- conservez la préposition exigée par le verbe ;
- contrôlez l’accord avec le véritable sujet ;
- revenez à l’ordre neutre si aucun contraste ni parcours informatif ne justifie l’emphase.
La focalisation est efficace lorsqu’elle répond à une question implicite du texte. Répétée sans nécessité, elle alourdit la phrase et affaiblit précisément l’effet de relief recherché.
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Vocabulary in this lesson
Play a word to hear it, then mark it as known or save it to study.
Last updated July 20, 2026